L'Hôpital au temps de la COVID-19 (partie 2) - Fondation Hôpital Charles-LeMoyne

L’Hôpital au temps de la COVID-19 (partie 2)

Dre Chantale Vallée
Spécialiste en médecine interne
Professeure agrégée, Université de Sherbrooke
Chef de département, médecine spécialisée,
Hôpital Charles-Le Moyne

Je vous ai parlé précédemment des transformations colossales qui ont eu lieu à l’Hôpital Charles-Le Moyne afin de répondre aux besoins de la population depuis le début de la pandémie. Aujourd’hui, c’est de notre rôle de soignant dont j’ai envie de vous entretenir.

Parce qu’il n’y a pas que les murs qui ont bougé… les équipes médicales aussi ont vécu des changements majeurs pour offrir le meilleur, dans ce contexte particulier.

UN NOUVEAU RÔLE DE SOIGNANT
Cette réalité a apporté son lot de nouveautés pour les équipes soignantes. En plus de l’inconfort, que vous pouvez facilement imaginer, lié au port des masques, des lunettes et de tout le tralala, nous avons dû accepter que notre travail soit alourdi par les procédures – ô combien nécessaires – de salubrité. Dorénavant, nous nous changeons sans arrêt et nous lavons nos mains mille fois par jour. Nous avons une préoccupation constante de ne pas nous contaminer et de ne pas contaminer les autres. Actuellement, si vous voulez identifier un soignant, regardez ses mains, elles sont inévitablement gercées!

Les mesures de distanciation ont également apporté un élément pour lequel, je dois avouer, j’avais sous-estimé la portée. Dorénavant, les visites sont très limitées ou interdites dans l’Hôpital. Ainsi, nous sommes souvent seuls avec nos patients. Les décisions avec la famille se prennent au téléphone et, bien que tous soient très compréhensifs, c’est une autre médecine que celle de jouer ce rôle de remplacement de la famille auprès du patient.

Vous entendez certainement parler dans les médias de la solitude des patients. D’ailleurs, plusieurs initiatives financées par la Fondation ont pour but de contrer cet isolement. Par exemple, l’achat de tablettes pour que les patients aient des contacts avec leurs proches. On voit toute une différence sur le moral de ces derniers depuis que ces ajouts ont été faits. Vous pouvez être assurés que tous les soignants sont là et sont sensibles à cette nouvelle réalité. Souvent je me dis : « Si c’était mon parent, je trouverais ça ordinaire qu’il soit seul dans la maladie. » Alors nous sommes là, pour eux.

UN LONG MARATHON
Maintenant que les premières semaines de la crise sont passées, nous avons entrepris un marathon qui, on le sait, durera dans le temps. Nous continuons de nous concentrer sur nos patients atteints de la covid, mais nous devons également préparer la suite. Les chirurgies urgentes, les traitements en cancérologie, les suivis pour des maladies chroniques, etc. toutes ces pratiques médicales ont continué. La reprise plus intensive est à nos portes et nous sommes en plein dans sa préparation.

Un des messages qui me tient particulièrement à cœur est que notre Hôpital n’est pas fermé! Les gens qui ne sont pas atteints du coronavirus mais qui ont besoin de soins hospitaliers doivent continuer à s’y présenter! Surtout, avant que les complications ne soient trop sévères. En tant que soignant, rien ne m’atterre davantage qu’un patient qui aurait pu être soigné mais qui arrive trop tard. Les équipes sont là et nous continuons nos activités, autant que la crise peut le permettre.

VOUS ET NOUS…
Je ne vous cacherai pas que toutes ces conditions touchent nos équipes. Mais de savoir qu’une communauté entière nous supporte nous aide énormément! Au quotidien, ce sont vos mots d’encouragement, la gentillesse des familles qu’on appelle, le sourire de nos patients qui nous donne le petit « kik » qui nous faut pour continuer!

De voir également l’apport des donateurs de la Fondation dans notre pratique fait aussi toute une différence! Les nouvelles unités qui ont été aménagées ont eu besoin de matériel qui souvent a été financé grâce à la Fondation. Et lorsque cette tempête sera derrière nous, l’utilisation massive que nous aurons faite de certains équipements obligera de nouvelles acquisitions. Vous nous verrez alors cogner à la porte de la Fondation pour demander une fois de plus d’appuyer l’excellence de la médecine à l’Hôpital Charles-Le Moyne.

La crise actuelle démontre une force de mobilisation incroyable! Elle est palpable dans l’Hôpital, et dans la communauté. Continuez de nous envoyer vos belles pensées et votre force. Nous sommes peut-être ceux qui sont au front, mais nous le sommes avec vous!